Voiture avec chauffeur pour tous les seniors

AGEN (47) Jean-Alain Trimouille a créé un concept pour rendre mobile la France.

Il met en relation des seniors pour conduire plus seniors qu’eux.

Reproduction d'un article de CHRISTIAN SEGUIN paru dans Sud-Ouest

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Son idée touche une part considérable de la nouvelle espèce humaine, promise à la vie éternelle, et toutefois moins mobile vers la fin. Jean-Alain Trimouille va vers ses 80 ans, et si l’on excepte sa première supportrice, son épouse Jackie, il est quasiment le seul à le savoir. Il ne sent rien de particulier, hormis un dos parfois désolé. Les retraités, l’homme et la femme en pente douce, constituent son savoir faire, sa spécialité maison, longuement travaillée au sein de la caisse AG2R, dont il fut un directeur régional éveillé. Le rugbyman Philippe Sella, parrain de son opération, l’appelle J.A. J.A. Devenu lui-même retraité, il refuse de sombrer dans le canapé. Il adhère à l’association AGIRabcd, où les seniors mettent bénévolement leurs compétences au service des personnes en difficulté. Comme tous les adhérents, il veut rendre service, exprimer la solidarité minimum. En créant Car47 en 2012, acronyme de Conduire l’automobile d’un (e) retraité (e), il cherche une réponse au fléau de la perte d’autonomie. 

Que devient-on privé de voiture dans un pays inégalement loti où résiste, clopin-clopant, plus de la moitié des communes de moins de 500 habitants privées moyens de transport – ou alors inadaptés ? Coluche le disait, nous sommes tous égaux, mais certains moins que d’autres. Dans ce monde où l’égoïsme va bientôt faire l’objet d’un enseignement universitaire, Car47 propose de rompre l’isolement en trouvant des chauffeurs. Elle établit un protocole entre celui-ci et son employeur. Il stipule notamment que le pilote s’engage à passer un test dans une auto-école (payé par l’association) qu’il détient un permis valide depuis plus de 15 ans, qu’il possède au moins huit points et un casier judiciaire vierge. Naturellement, il ne boit
pas. Ce chevalier blanc touche 8,29 euros net de l’heure – un peu plus que le Smic –, sous la forme d’un chèque emploi service universel. Il intervient à la demande, que l’on peut formuler jusqu’à la veille du départ.
C’est ce que font Josette et Alain Rieu, 72 et 78 ans, à Colayrac-Saint-Cirq. Ils confient leur Ford Escort à Patrick, un jeune chauffeur local de 66 ans, lorsqu’ils en ont besoin. Josette, en conservant la voiture familiale, souligne la commodité de l’opération, sa convivialité et son moindre coût. Et l’employeur, s’il est imposable, peut déduire 50 % de ce qu’il verse.
Un protocole coûte à Car47, 105 euros, financés par le département, l’État et le mécénat actif du Crédit Agricole. Le Lot-et-Garonne compte aujourd’hui un fichier de 200 pilotes âgés de 55 à 75 ans, dont un seul véritablement bénévole, sachant que le comble serait d’éliminer quelqu’un en raison de son âge avancé. S’il réjouit les citoyens en difficulté de mouvement (1), le système met aussi au jour l’aspiration à étoffer les retraites peau de chagrin. Un chauffeur peut gagner entre 70 et 150 euros par mois. Les agricultrices par exemple, ignorées des retraites chapeaux et qui touchent 480 euros de pension, se portent candidates. J.A., activiste de son concept, pense que le dispositif va s’étendre au pays en 2018.
En lien avec la ministre des solidarités et de la santé, il a déjà convaincu les grosses structures, maires ruraux , présidents de départements ou encore le réseau de retraités « Génération mouvement ». L’information sur les services de Car47 va passer par tous les lieux traversés par les seniors, même claudiquants, mairies, hôpitaux et cliniques, pharmacies et boulangeries.
La vie s’allonge, les écarts demeurent, la ville ne vient pas à la campagne, les solidarités se cherchent, et Jean-Alain Trimouille éprouve une certaine fierté à voir son bébé séduire la France, l’équivalent d’une légion d’honneur XXL de la cohésion sociale.

(1) Pour conduire ou être conduit, s’adresser à Jean-Alain Trimouille : 05 53 96 97 98